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Evaluation du risque d’effondrement du toit de la cavité du glacier de Tête Rousse : un exemple de glaciologie opérationnelle

par Administrateur Un - 6 juin 2011 - ( maj : 3 octobre 2011 )

Le glacier de Tête Rousse surplombant la ville de Saint-Gervais en Haute-Savoie était surveillé depuis 2007 par des chercheurs de différents laboratoires de recherche de Grenoble (LGGE, LTHE, IsTerre, Cemagref ; voir les travaux cités ci-dessous). Au cours du mois d’aout 2010, la présence de plus de 50 000 m3 d’eau sous pression était mise en évidence et le choix d’un drainage artificiel était rapidement envisagé. Mais est-ce que ce choix restait judicieux et sans risque ?

L’histoire tend à faire penser qu’un pompage était inéluctable, ce glacier ayant marqué la mémoire locale de bien funeste façon. Au cours de la nuit du 11 au 12 Juillet 1892, un lac sous-glaciaire avait rompu le barrage de glace qui le retenait et un torrent de boue déferlant dans la vallée détruisait plusieurs hameaux, les bains de Saint-Gervais et tuait 175 personnes. La vallée s’étant urbanisée en un siècle, l’impact d’un évènement similaire aurait certainement été dramatique. Pomper l’eau du lac sous-glaciaire afin de diminuer la pression d’eau fut donc rapidement entrepris. Mais est ce que la cavité laissée en lieu et place du lac ne risquait pas de s’effondrer au cours des opérations de drainage nécessaires à la vidange complète du lac ?

C’est sur ce dernier point que le groupe de modélisation des écoulements glaciaires du LGGE est intervenu. En une semaine, les spécificités de ce glacier furent inclues dans un modèle d’écoulement, et l’impact du drainage sur la stabilité du toit de la cavité fut analysé. Ces simulations furent conduitent grace au code aux éléments finis Elmer/Ice, développé en collaboration avec le CSC à Espoo en Finlande. En regard des connaissances sur le matériaux glace, il a pu être estimé que les risques d’effondrement du toit de la cavité étaient faibles mais pas pour autant négligeables. Il fût ainsi préconisé de vidanger le lac sous-glaciaire le plus rapidement possible et de suivre régulièrement l’évolution des déplacements de la surface du glacier pour détecter tout comportement qui sortirait des prévisions du modèle. L’issue fût finalement heureuse puisque la vidange s’est passée sans encombre et la surface s’est déplacée en bonne accord avec la modélisation. La modélisation de la fermeture de la cavité indique aussi que si la cavité ne se remplit pas à nouveau, ou si elle ne s’effondre pas, elle devrait mettre plus de deux ans à se refermer : le glacier de Tête Rousse devra donc rester sous étroite surveillance ces prochaines années.

Référence de l’article décrivant ces résultats : Gagliardini O., F. Gillet-Chaulet, G. Durand, C. Vincent and P. Duval, 2011. Estimating the risk of glacier cavity collapse during artificial drainage : the case of Tête Rousse Glacier. Geophys. Res. Lett., 38, L10505, doi:10.1029/2011GL047536

Autres articles liés : Legchenko, A., M. Descloitres, C. Vincent, H. Guyard, S. Garambois, K. Chalikakis, and M. Ezerski (2011), 3D magnetic resonance imaging for groundwater, New J. Phys., in press.

Vincent, C., S. Garambois, E. Thibert, E. Lefebvre, and D. Six (2010), Origin 322 of the outburst flood from Glacier de Tête Rousse in 1892 (Mont Blanc area, France), J. Glaciol., 56(198), 688–698.

Vincent, C., M. Descloitres, S. Garambois, A. Legchenko, H. Guyard, E. Lefebvre, and A. Gilbert (2011), A potential catastrophic subglacial lake outburst flood avoided in the Mont Blanc area, Geophysical Research Letter, submitted.

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