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Comportement atypique des glaciers du Karakorum

par ARNAUD Yves - 20 avril 2012 - ( maj : 12 juin 2012 )

Tout à l’ouest de l’Himalaya, le Karakorum est une région montagneuse recouverte par près de 20000 km² de glaciers, à cheval entre le Pakistan, l’Inde et la Chine. Jusqu’alors, on ne disposait que de très peu d’informations en ce qui concerne l’évolution récente de ces glaciers. A l’aide de données issues du satellite SPOT5 et de la navette spatiale Endeavour (SRTM), des chercheurs du LGGE, du LEGOS et du LTHE ont montré que les glaciers du Karakorum avaient légèrement gagné de la masse entre 1999 et 2008. Aussi, ces glaciers font exception au moment où les autres glaciers du globe enregistrent des pertes de plus en plus fortes.

Vue satellite de la région du glacier Panmah au Karakorum (copyright Landsat imagery courtesy of NASA Goddard Space Flight Center and U.S. Geological Survey), sur laquelle est indiqué le phénomène de poussée glaciaire entre 1999 et 2008. © LEGOS, Étienne Berthier

Pour estimer les variations d’épaisseur (et donc de masse) des glaciers, les chercheurs ont comparé une topographie issue de la mission SRTM à une plus récente, calculée à partir d’images acquises par le satellite SPOT5. Sur la zone étudiée, qui comporte près de 5600 km² de glaciers, le bilan de masse a ainsi été estimé à +0.11 m a-1 équivalent eau , et correspond donc à un léger gain de masse des glaciers concernés. En extrapolant cette valeur à l’ensemble du Karakorum, la contribution des glaciers de cette région à la hausse du niveau des mers a été ré-évaluée à -0.006 mm a-1, contre +0.040 mm a-1 d’après une précédente estimation qui, par nécessité, extrapolaient des mesures réalisées hors de cette chaîne de montagne. D’autre part, l’étude a également permis de montrer que près d’un quart de la superficie englacée de la zone d’intérêt était sujette au phénomène de « surge » glaciaire. Ce phénomène se traduit par une brusque avancée du glacier (avec des vitesses temporairement très élevées) sur un espace de temps très court ( 1 an) suivie d’une phase plus longue, dite de quiescence, au cours de laquelle le glacier va tendre vers un nouvel état d’équilibre. Ces résultats viennent confirmer ce que l’on avait surnommé « l’anomalie du Karakorum ». En effet, de nombreux indices avaient déjà suggéré que le comportement de ces glaciers étaient différents de ceux du reste de l’Himalaya, pour lesquels des bilans de masse nettement plus négatifs ont été mesurés jusqu’ici. L’analyse des données issues de stations de mesures installées dans les vallées du Karakorum avaient déjà montré une hausse des précipitations hivernales, une baisse des températures estivales ainsi qu’une diminution des débits des rivières issues de ces glaciers au cours des dernières décennies. Cependant, beaucoup de questions restent en suspens. Ainsi, il est encore impossible de savoir depuis quand le bilan de masse des glaciers du Karakorum est positif, et si cela sera encore le cas pour les décennies à venir. Par ailleurs, il reste encore à comprendre pourquoi cette région abrite des glaciers au bilan de masse positif, alors qu’ils sont en déclin partout ailleurs dans l’Himalaya. Est-ce du à une topographie particulière, à des paramètres climatiques spécifiques ou une circulation atmosphérique singulière ? Cette étude aura aussi permis de rappeler que l’évolution des glaciers n’est pas homogène au sein de la chaîne himalayenne et que les mesures obtenues pour une région donnée ne sont pas nécessairement extrapolables à une autre. Il est donc désormais nécessaire d’entreprendre des études à plus grande échelle pour mettre en évidence d’éventuelles spécificités régionales, comme celle observée ici, et fournir une estimation non-ambigüe du bilan de masse global des glaciers himalayens et de leur contribution à la ressource en eau régionale ainsi qu’à la hausse globale du niveau des mers.

Source(s) :

Gardelle, J., Berthier, E. & Arnaud Y, Slight mass gain of Karakoram glaciers in the early twenty-first century, Nature Geoscience, 15 avril 2012, doi : 10.1038/ngeo1450.

Contact(s) :

Julie Gardelle, LGGE/OSUG gardelle@lgge.obs.ujf-grenoble.fr, 04 76 82 42 06

Etienne Berthier, LEGOS/OMP etienne.berthier@legos.obs-mip.fr, 05 61 33 29 66

Yves Arnaud, LTHE/OSUG yves.arnaud@ird.fr, 04 76 82 42 73

Voir en ligne : Voir aussi le commentaire dans la revue Nature

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