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Détection d’une poche d’eau au glacier de Tête Rousse en 2010 et mesures préventives pour éviter une catastrophe

par KRINNER Gerhard - 13 juin 2012 - ( maj : 27 août 2012 )

Un article sous presse au Journal of Glaciology décrit les méthodes géophysiques qui ont permis de détecter en 2010 une poche d’eau d’un volume d’eau de 55 000 m3 à l’intérieur du glacier de Tête Rousse (massif du Mont Blanc). Cet article décrit également l’analyse du risque, lié à la présence de cette poche d’eau, qui a conduit à alerter les autorités publiques le 13 juillet 2010 et à préconiser la vidange artificielle de cette poche d’eau afin d’éviter une catastrophe à Saint Gervais similaire à celle qui s’était produite en 1892 (175 morts) à cause de la vidange soudaine d’une poche d’eau du même glacier.

Le glacier de Tête Rousse vu d’en haut

C’est à la suite d’une commande du service du RTM (Service de Restauration des Terrains de Montagne) de Haute Savoie que le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement de Grenoble et le laboratoire d’Isterre avaient débuté une étude sur ce glacier en 2008. L’étude avait révélé une zone d’anomalie radar au sein du glacier que les scientifiques ne savaient pas interpréter. Les mesures radar révélaient en effet des réflexions internes dans le glacier qui pouvaient indiquer la présence de débris morainiques internes ou la présence d’eau. Malgré les recommandations de faire des forages dans ce glacier, il a fallu attendre plus d’un an avant que le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement et le Laboratoire d’Etude des Transferts en Hydrologie (LTHE) trouvent des financements (de l’Université Joseph Fourier) et fassent une nouvelle étude sur ce glacier. La méthode de Résonance Magnétique des Protons (RMP) développée par le LTHE se révéla très efficace et permis de certifier la présence d’un volume d’eau 55 000 m3 à l’intérieur du glacier. Les forages conduits en juin et juillet 2010 par le LGGE confirmèrent la présence d’une poche d’eau sous pression. Suite à une analyse du LGGE, le préfet et le maire de Saint Gervais furent alertés le 13 juillet 2010. Les autorités publiques décidèrent de procéder immédiatement à des opérations de pompage et le lac sous-glaciaire fut vidangé entre août et octobre 2010. 3000 personnes de Saint Gervais étaient potentiellement menacées.

Début des travaux sur le glacier

Depuis 2010, ce glacier est sous haute surveillance. La poche d’eau a été vidangée une nouvelle fois en 2011. La cause de rétention de l’eau a été élucidée et est due au régime thermique du glacier. En effet, la langue du glacier est à température négative, entre – 2 et -3°C et empêche la circulation de l’eau sous glaciaire. Cette langue froide agit comme un barrage naturel. Des solutions à long terme pour éviter des pompages annuels sont aujourd’hui à l’étude.

Référence : C. Vincent, M. Descloîtres, S. Garambois, A. Legchenko, H. Guyard, et A. Gilbert : Detection of a subglacial lake in Glacier de Tête Rousse (Mont Blanc area). Journal of Glaciology, 58, 2012. (Cliquer ici ou sur la vignette "pdf" en bas de cette page).

Contact : Christian Vincent